LE PRIX ULYSSE 2017 - LORET


Denis
Lesueur

Groupe familial guadeloupéen, le groupe Loret est principalement présent dans le secteur automobile (distribution, location courte et longue durée, vente de pièces toutes marques) et dans la fibre optique via une délégation de service public. Dirigé par Denis Lesueur, gendre du fondateur, ce groupe leader dans les départements français des Caraïbes a toujours été impliqué dans le désenclavement de son île : un engagement qui a fortement orienté sa manière de résoudre ses problèmes.

Dès sa création en 1962, le groupe Loret a lié son développement à celui de la Guadeloupe et investi dans des activités à même de désenclaver son île. D’abord présent dans la distribution et la location de véhicules automobiles et l’hôtellerie, il se diversifie au début des années 2000 dans la fibre optique avec la pose d’un câble sous-marin de 3000 km et le lancement d’une offre « triple play » (internet + téléphone + TV) sous la marque Mediaserv. Cette diversification est à première vue doublement positive. Pour la région, la fibre optique permet de fortement réduire les coûts de la bande passante télécom. Quant au groupe, il y voit un fort relais de croissance malgré le poids des investissements – très gourmands en cash – que nécessite cette nouvelle infrastructure.

Inattendue, la crise mondiale de 2008 n’épargne pas la Guadeloupe, et le groupe Loret est touché de plein fouet : à la crise du secteur automobile se rajoute en effet une baisse de la fréquentation touristique de l’île, qui impacte son activité location directement. Solidement implanté et lié aux autorités locales pour ses développements dans les nouvelles technologies, le groupe conserve cependant la confiance des banques qui lui accordent les découverts nécessaires. Mais la crise sociale qui paralyse les Antilles françaises au début de l’année 2009 porte un coup terrible à l’économie. La saison touristique est catastrophique, les entreprises restituent leur flotte de véhicules, et pendant les deux mois de grève générale le groupe ne réalise aucune vente. Les concessions en métropole, faiblement rentables, et l’activité télécom, qui débute et consomme plus de cash qu’elle n’en rapporte, ne peuvent compenser cette chute, et le groupe Loret affiche alors un déficit de trésorerie de plusieurs dizaines de millions d’euros.

Dès juin 2009, un long processus de retournement s’enclenche, qui va utiliser tout l’arsenal juridique. Une première conciliation permet de repousser les échéances de 12 mois, et le groupe se renfloue grâce à un crédit relais de la BPCE, du crédit-bail, et un lease-back sur une partie de ses actifs immobiliers. Mais cet apport ne suffit pas, et quelques mois plus tard le groupe est à nouveau dans le rouge, les dépenses d’investissement ou le recrutement de nouveaux abonnés pour Mediaserv engloutissant toutes les rentrées d’argent. Il vend alors ses concessions en métropole sans licencier, gérant son sureffectif à travers plusieurs plans de départ volontaire. Des ventes immobilières sont réalisées, un moratoire de dettes fiscales et sociales négocié avec la CCSF, et un apport de trésorerie est obtenu grâce à l’émission d’obligations cautionnées. Une deuxième conciliation est engagée mi-2010, puis une troisième mi-2011, mais ces mesures restent insuffisantes, le besoin en cash étant toujours trop fort.

Une procédure de sauvegarde est lancée le 10 mai 2012. La stratégie retenue est de se recentrer sur le coeur de métier en cédant les actifs télécoms, et de rembourser les créances en 10 échéances sur 10 ans. Toujours soucieux de son impact sur l’économie antillaise, le groupe obtient du tribunal de monter le plafond de règlement des petites créances à 2000 € au lieu de 300 € afin de régler tous les fournisseurs dès l’ouverture du plan et préserver ainsi l’emploi local. La cession des activités télécoms se fait sans précipitation afin de ne pas brader ces actifs : en 2014, la partie internationale du câble sous-marin (hors les 900 km reliant la Guadeloupe à Saint- Martin et aux points nodaux de Sainte-Croix et Porto Rico) est vendue, et 51 % de Mediaserv sont cédés à Canal Overseas (les 49 % restant le seront en juillet 2015). Cet apport de trésorerie est utilisé pour un remboursement accéléré des créanciers en novembre 2014 puis novembre 2015, entraînant une modification du plan de sauvegarde, à la faveur notamment d’un montage innovant entre le groupe et certains créanciers financiers fondé sur l’octroi de contreparties réciproques : super garanties pour les banques (fiducie gestion et fiducies sûretés) et nouveaux financements pour le groupe. Son désendettement rapide (de 234 M€ fin 2008 à 62 M€ fin 2016) permet au groupe de rétablir sa couverture d’assurance- crédit auprès de la Coface, avant une ultime négociation avec les créanciers bénéficiaires des fiducies en avril 2016.

Patience et souci de l’impact local auront donc été les fils conducteurs de ce retournement aujourd’hui définitif. La réduction d’effectif s’est faite soit par plan de départ volontaire soit par cession de société sans licenciement. Les objectifs du plan de redressement ont été respectés, le groupe a reconstruit son image, voit à nouveau ses ventes et ses parts de marché augmenter et a retrouvé une rentabilité d’exploitation de 5 % du CA dès 2014. Sa structure de bilan est de nouveau équilibrée avec un ratio dettes nettes / capitaux propres de 35 % à fin 2016.